Je me réveille très tôt comme à mon habitude, ce matin du 1 décembre 2013 avec deux chansons en tête

Bizarrement, j’ai le sentiment que la nuit m’a rappelé la totalité des paroles sans en oublier le moindre mot ! Alors avant d’aller m’enfoncer dans la forêt et parcourir des kilomètres à m’oxygéner, je prends la plume pour résumer une petite histoire qui a marquée mon adolescence…
Goodbye cruel world et goodbye blue sky De Pink Floyd, The Wall…
Et je me souviens d’une période particulière de ma vie qui a été le déclenchement de beaucoup de choses qui ont suivi…


J’avais 16 ans et quelques mois lorsqu’on m’a renversé sur la route alors que je roulais avec ma première moto. Après de longs mois d’hospitalisation et de rééducation, ma vie avait définitivement pris un autre chemin…
Mes amis à cette époque où les attelles, les pansements et les antalgiques m’aidaient à tenir, m’avaient offert cet unique album de Pink Floyd « The wall » avec un walkman autoreverse Panasonic, magnifique pièce que j’ai toujours en ma possession d’ailleurs !
J’ai écouté cet album inlassablement pendant ces 9 longs mois qui me retenaient loin des autres, loin de tout. Je ne pensais pas à la solitude à ce moment de ma vie, trop jeune pour y songer réellement, trop immature pour parvenir à chasser cette violence et cette douleur permanente que j’éprouvais à l’égard de cette femme ivre et inconsciente en voiture, qui m’avait renversé et soudain privé de toutes bonnes choses déjà palpables à cet âge !
Je suis resté tout ce temps à la maudire, à me dire qu’en sortant, j’irai lui couper le pied qui lui avait permit d’accélérer si fort qu’elle avait pu m’envoyer dans l’autre monde, dans le côté obscur pendant si longtemps.
Je repensais à ce super job provisoire de primeur que j’avais eu le courage de trouver et d’exercer depuis deux ans déjà, chaque mercredi après midi, chaque samedi et lundi où je n’avais pas classe et pendant absolument toutes les vacances scolaires, pour financer déjà ce qu’allait être ma vie autonome.

Je repensais à ma belle moto, détruite, pulvérisée, j’avais travaillé dur pour me la procurer, pas question de demander à mes parents ni à quiconque autour de moi, c’était la conséquence de deux années de petits boulots, à travailler dans les fermes ou les magasins qui m’avait permis de faire cet achat, seul luxe à l’époque que je m’étais octroyé dans cette adolescence pas toujours simple à gérer sur le plan financier.
Je regardais inlassablement ce long plâtre qui couvrait ma jambe gauche, ce bras droit qui ne répondait plus, ces côtes cassées, ces plaies mal cicatrisées, ces dents cassées et cette mâchoire fracassée qui me faisait souffrir. Je repensais au visage de ma mère qui par le hublot des urgences avait croisé mon regard furtif et ma bouche qui tentait de lui dire malgré la douleur « Ne t’inquiète-pas, tout va bien ».

Je pensais à mon BAC en cours, aux études que je m’étais fixées, je pensais à ma petite copine de l’époque, je pensais à mon sport favori que je pratiquais plus de 10 heures par semaine. Je repensais à mon école de dessin, à mes nombreux déplacements obligés qui me permettaient de rejoindre mes amis en ville, provenant de ma campagne esseulée à 15 km de là.
Au début, rien ni personne ne vous permet de penser positif, de vous dire que tout ça n’est qu’un mauvais moment à passer, que tout va disparaître bientôt et que la vie va reprendre son cours habituel. A chaque moment d’optimisme, la douleur et les maux sont là pour vous rappeler les mauvais aspects. La solitude et l’isolement dans lesquels je m’étais volontairement ou involontairement plongé, contribuèrent à me forger l’esprit et à réfléchir plus vite que la majorité de mon entourage du même âge.
Dans la douleur et pendant le réveil de mes membres mais aussi de mes sens, je me suis forcé à ne penser que positif, j’ai commencé à planifier mes actions et à me projeter dans mon futur et j’ai tourné le dos aux obstacles et à la pression de ceux qui ne comprenaient pas mes choix.
Et puis le temps a passé, je me suis battu, j’ai continué mes entrainements de karaté avec mes plâtres et mes pansements à en faire rire les copains mais aussi sous le regard fier de Ramza, mon maître de l’époque.


Ce personnage incroyable qui m’offrit mon premier kimono que sa petite amie lui avait fait pendant ses trois années passées au Japon à apprendre la maitrise de son art. Il aimait m’enseigner, il aimait ma rigueur d’esprit et ma rigueur physique quand je l’accompagnais pour les entrainements sur le sable sec de la plage de Blériot chaque dimanche matin.
J’aimais son dynamisme, sa volonté d’agir, son histoire personnelle avec son départ de Calais pour le Japon pour recommencer tout à zéro et revenir encore plus fort, plus humble et laisser de côté l’aspect compétition qui ne lui avait apporté que des tourments pour aucune satisfaction, afin de se focaliser comme je suis parvenu à le faire moi-même ensuite sur les bons aspects, le partage et plus important encore, la transmission du savoir mais surtout d’un concept et d’une attitude.
Merci à lui aussi, il a toujours cru en moi et je parle souvent de lui aux gens qui partagent cette passion avec moi, je prends plaisir à montrer ce beau kimono que j’ai gardé également !
Il m’a dit un jour où je pleurais de douleur pendant un entrainement où une plaie infectée me faisait souffrir, que je parviendrai à retrouver mon corps d’avant et que même si je le trouvais changé physiquement, je le ferai vivre et bouger encore et encore jusqu’à mon dernier souffle ! Comme il disait vrai, je suis tellement ému parfois à me souvenir de ces instants précieux, ils ont nourri ma première partie de vie devrais-je dire et si ma vie s’arrêtait là, elle aura été rempli de moment forts comme ceux-là grâce à eux.


Je reviens à mon histoire, quelques mois plus tard, mes mouvements bien qu’encore en désaccord avec les commandes provenant du cerveau, commencèrent tout de même à me permettre d’agir seul au quotidien et me permettaient de nouveau d’entrevoir un futur dans la normalité. Les épreuves qui me paraissaient insurmontables ne l’étaient plus, neuf mois de souffrance totale et de désespoir pour enfin revenir à l’esprit positif dont j’ai hérité à la naissance.
Doucement, je l’avoue, très doucement, j’ai commencé à oublier la personne qui a provoqué cet accident, je suis parvenu à pardonner aux pompiers leurs erreurs commises, lorsque arrivant avec un seul véhicule sur les lieux de l’accident, ils avaient emmené cette femme en premier alors qu’elle n’avait rien mais s’était évanouie sous le choc de me voir allongé sur l’asphalte, avec une tête de zombie ensanglantée !

J’ai commencé à sourire en pensant à ce jeune secouriste, dans le dos de la main duquel j’avais enfoncé mes ongles, ne parvenant pas à respirer pendant ces deux longues minutes qui séparèrent mes poumons de l’oxygénation obligatoire de mon cerveau ! Les prémisses de mes entrainements d’apnée sans doute ☺
La violence du choc frontal avait eu raison de ma cage thoracique, avec un score de Glascow inférieur à 8, la prise en charge aurait dû être immédiate, j’ai eu le temps de faire un premier résumé bref de ma vie; Dans ces cas précis, on ne pense pas au futur mais au passé, c’est normal, on se rattache à ce que l’on connaît et on imagine s’effacer avec ce que l’on a le plus apprécié, du moins je suppose que ce sont les raisons principales qui m’ont fait revoir ces beaux moments de mon existence d’alors, pendant ce cours laps de temps de souffrances continues.
Je me souviens parfaitement bien des paroles des gens agglutinés autour de ce jeune sauveteur qui était accroupi à côté de moi à essayer de faire de son mieux et à y parvenir si j’en crois mes souvenirs. « Laissez-le, vous voyez bien qu’il va mourir »… « Laissez-le respirer »… « Vous croyez qu’il est paralysé ? » … « Oh mais il saigne de partout ! » … « Mais son pied est à l’envers ! »… Et bien d’autres phrases stupides associant même des « ha ces jeunes à moto ! », phrase qui, je m’en souviens m’avait bien plus révolté que les autres !
En revanche, je me rappelle parfaitement bien des paroles de ce gars qui voulait faire de son mieux et ressentait en même temps la douleur de sa main dans laquelle j’enfonçais mes ongles en essayant désespérément de respirer : « Accroche-toi mon gars, reste avec moi, on va prendre soin de toi, calme-toi et essaye de respirer doucement »
Je me souviens si bien de ce personnage sincère et gentil… Si la magie d’Internet permet un jour à cette personne de se reconnaître ainsi que mon maitre de Karaté, j’aimerai tant qu’ils se mettent en relation avec moi, j’aurai encore beaucoup à apprendre d’eux j’en suis fortement convaincu !
Grâce à lui, je faisais abstraction de tout et quand les premières bouffées d’air parvinrent dans mes poumons, je pu enfin recommencer à croire en quelque chose de positif et sortir de mes nombreuses pensées.

Depuis j’essaye de respirer à pleins poumons en m’efforçant de montrer autour de moi qu’il ne faut pas attendre de souffrir pour profiter de la vie !
Que se serait-il passé sans cette main secouriste ? Le lendemain de ma première opération, cet ange mis sur ma route est venu me saluer, je me souviendrai toujours de son sourire et de sa complicité du moment, il arborait un joli pansement à sa main droite et vantait ma force avec un visage détendu et digne du plus grand respect.

J’ai souvent pensé à lui dans mes moments de souffrance, lors de mes nombreux accidents, c’est comme si je sentais encore sa main et comme si je pouvais encore y plonger mes ongles pour abréger mes souffrances.
Et tout au long de mes séances de rééducation, je l’imaginais à côté de moi pour m’aider à atteindre les objectifs improbables fixés par les kinés.
Je ne l’ai malheureusement plus jamais revu, il n’y avait pas les réseaux sociaux à cette époque et la facilité d’aujourd’hui à générer des contacts avec le monde extérieur ! J’aurai vraiment voulu le compter parmi mes amis aujourd’hui, quelque part, il a toujours reçu mes vœux de bien-être et de bonheur chaque fois que j’ai pensé à lui.
Alors voilà, ce matin est un matin un peu différent des autres, les souvenirs rejaillissent, j’ai besoin de retrouver cette force qui sommeille en moi et de me dire que rien n’a changé, qu’il est toujours possible de se lever et de se mettre à œuvrer, quoi que l’on fasse, avec toujours la même ardeur, la même motivation, de quoi que puisse être constitué notre quotidien, il faut garder la foi dans la réalisation de tous nos actes.


La fatigue et le froid ont peut-être eu raison de moi, la solitude et mon travail colossal aussi. Mais j’avais envie de communiquer avec ceux que ça intéressent, cette partie de mon existence sans laquelle je ne serai peut-être pas celui que je suis maintenant et sans ces beaux souvenirs, mélange de douleurs et de bonheur, je n’aurai peut-être pas la satisfaction d’être tout simplement.
Je pense à une personne en particulier, qui n’est plus là, je pense à d’autres aussi qui pourraient être là mais qui ne le sont pas et que je ne vais plus citer tellement il leur est facile de se reconnaître et je leur souris en fermant les yeux et en les imaginant à côté de moi.
Partager ce moment et cet article avec ne serait-ce qu’une personne intéressée, sera déjà une grande satisfaction, je terminerai avec cette citation que j’ai faite à une amie récemment qui évoquait l’absence du bonheur :
« Le bonheur, c’est comme lors d’une cueillette de champignons, quand on a trouvé un, il s’agit encore d’avancer vers lui et de le prendre avec soi, plutôt que de le laisser et de continuer son chemin » DM ©®


Et vous, que faites-vous de votre vie ? à quoi pensez-vous le matin en vous réveillant ?

« Les pensées sont associées au monde réel que vous vivez ou construisez, si ces pensées ne vous conviennent pas, c’est qu’il est temps de faire quelque chose pour en changer. »

DM ©®


Pink Floyd « The Wall »

{Goodbye Blue Sky}
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=B3dzRg805Fo[/youtube]
Oooooooo ooo ooo ooooh
Did you see the frightened ones
Did you hear the falling bombs
Did you ever wonder
Why we had to run for shelter
When the promise of a brave new world
Unfurled beneath a clear blue sky
Oooooooo ooo ooooo oooh
Did you see the frightened ones
Did you hear the falling bombs
The flames are all long gone
But the pain lingers on
Goodbye blue sky
Goodbye blue sky
Goodbye

{Au revoir ciel bleu}
Oooooooo ooo ooo ooooh
As-tu vu les gens apeurés?
As-tu entendu les bombes tomber?
T’es-tu déjà demandé
Pourquoi nous avons dû courir nous mettre à l’abri
Quand la promesse d’un nouveau monde
S’est montrée sous un ciel bleu clair
Oooooooo ooo ooooo oooh
As-tu vu les gens apeurés?
As-tu entendu les bombes tomber?
Les flammes sont disparues depuis longtemps
Mais la douleur reste toujours
Au revoir ciel bleu
Au revoir ciel bleu
Au revoir


Pink Floyd « The Wall »

{Goodbye Cruel World}
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=fxCUyy_aVzA[/youtube]
Goodbye cruel world
I’m leaving you today
Goodbye
Goodbye
Goodbye
Goodbye all you people
There’s nothing you can say
To make me change my mind
Goodbye.

{Au revoir monde cruel}

Adieu monde cruel
Je te quitte aujourd’hui
Adieu
Adieu
Adieu
Adieu tout le monde
Tu ne peux rien dire qui puisse
Me faire changer d’avis
Adieu.


Voila, restant dans ce magnifique registre de Pink Floyd, je conclurai avec ce magnifique titre « Hey you »

Pink Floyd « The Wall »

{Hey You }
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=_nLIBMNwi8M[/youtube]
Hey you
Eh toi
Hey you, out there in the cold
Eh toi, là-bas dans le froid
Getting lonely, getting old
Devenant seul, devenant vieux
Can you feel me ?
Peux-tu me sentir ?
Hey you, standing in the aisles
Eh toi, debout dans les allées
With itchy feet and fading smiles
Avec tes pieds qui démangent et ton petit sourire
Can you feel me ?
Peux-tu me sentir ?
Hey you, don’t help them to bury the light
Eh toi ne les aide pas à éteindre la flamme
Don’t give in without a fight
N’abandonne pas sans te battre

Hey you, out there on your own
Eh toi, là-bas replié sur toi-même
Sitting naked by the phone
Assis nu près du téléphone
Would you touch me ?
Veux-tu m’appeler (me contacter) ?
Hey you, with you ear against the wall
Eh toi, avec ton oreille collée contre le mur
Waiting for someone to call out
En attendant d’appeler quelqu’un
Would you touch me ?
Veux-tu m’appeler ?
Hey you, would you help me to carry the stone ?
Eh toi, m’aiderais-tu à porter ce fardeau ?
Open your heart, I’m coming home
Ouvre ton coeur, je rentre à la maison

But it was only fantasy
Mais c’était seulement un rêve
The wall was too high
Le mur était trop haut
As you can see
Comme tu peux le voir
No matter how he tried
Qu’importe ce qu’il ait essayé
He could not break free
Il ne peut s’échapper
And the worms ate into his brain
Et les vers ont mangé son cerveau

Hey you, standing in the road
Eh toi, debout sur la route
always doing what you’re told
Faisant toujours ce qu’on te dit
Can you help me?
Peux-tu m’aider ?
Hey you, out there beyond the wall
Eh toi, là derrière le mur
Breaking bottles in the hall
Cassant des bouteilles dans le hall
Can you help me?
Peux tu m’aider ?
Hey you, don’t tell me there’s no hope at all
Eh toi, ne me dis pas qu’il n’y a plus d’espoir
Together we stand, divided we fall
Ensemble nous vaincrons, divisés nous tomberons

Ce sera ma conclusion…
David
pink-floyd-the-wall-hey-you
Is There Anybody Out There?